Compte rendu régate – National Corsaire à Trébeurden

Par Sébastien Pelletier, envoyé du YCP, membre de la Farfaflotte, et capitaine de Ptit’Loup

Après avoir été vice-champion de France (catégorie jeune) à Loctudy en 2024 et champion de France (catégorie jeune) à Ouistreham en 2025, la Farfaflotte (@la_farfaflotte sur Instagram) remet son titre en jeu, et cette fois avec 10 équipiers prêts à en découdre et 3 Rolls-Royce de la mer : le fameux Ptit’Loup (dont on ne compte plus les trophées et les voies d’eau), l’éternel Katilou (Kiloutou pour les intimes) et enfin Tiaré, gracieusement prêté par le CVBM de Créteil grâce au soutien incontestable de Marc Lafagne, sans qui rien n’aurait été possible (merci beaucoup à nos amis du CVBM)…

Après un trajet qui aura pris 8 h au lieu de 5 h, faute à un véhicule qui avait dû prendre un ris dans certaines montées, nous voilà arrivés sur le parking du mythique port de Trébeurden, où nous nous sommes installés pour passer la nuit. Un campement improvisé, comptant tout de même 3 remorques et 5 véhicules, qui aura (curieusement) suscité l’intérêt de la maréchaussée tout au long de la nuit…

Une fois tous réveillés vient la phase de mise à l’eau, lors de laquelle nous avons eu la surprise de nous faire dépasser (sur terre cette fois) par Armel Le Cléac’h, qui avait besoin de la grue pour usiner la dérive de son Corsaire qu’il avait perdue la veille lors de la Myth. Une fois tous à l’eau, le moment est venu de se confronter à l’épreuve la plus redoutée par les capitaines, celle de la jauge… Après beaucoup de débats houleux sur l’interprétation des IC, il est conclu que les extincteurs ne périmaient pas en 2013 mais bien en 3013 et que la drisse de spi est un dispositif de remontée parfaitement conforme aux IC… Mais le temps file et l’ouverture du bar approche, heureusement pour le spi gracieusement prêté par le YCP, qui sera tamponné conforme sans être mesuré et qui s’avérera en course sembler nettement plus grand que ceux des autres corsairistes.

Le soir, lors de la présentation des équipages, Aymeric, notre assistance à terre, se voit embarqué sur Mr Bonhomme en compagnie de Thierry et Gwenaele, qui cherchaient désespérément un équipier en plus. Il s’avérera plus tard qu’Aymeric n’avait pas seulement trouvé un équipage, mais une nouvelle famille…

Le lendemain, c’est enfin la première course. Au large, les 10 équipiers sont sur le plan d’eau sur les 4 bateaux, prêts à en découdre. La procédure semble interminable, les hurlements des compétiteurs se font entendre jusqu’à la côte, mais au moment du départ, le vent faiblit, le courant force et soudain, c’est le drame… La ligne de départ se ferme… Il faut quelques minutes pour que tous comprennent ce que cela signifie. En effet, sur notre plan d’eau du Pecq, nous sommes habitués à passer la ligne de départ parfois plusieurs jours après le coup d’envoi, les IC étant un peu ajustées face à la Seine qui est impitoyable.

Ce jour-là, ce sont tout de même 13 des 36 bateaux de la flotte qui partiront directement en direction de la ligne d’arrivée à Locquémeau sans avoir pris le départ. S’ensuit un parcours construit, puis un dernier parcours côtier pour rentrer au port, parcours lors duquel les 36 participants se verront traverser pendant 5 à 10 min ce qui pourrait s’apparenter à une violente tempête, avec de la pluie et des vents allant jusqu’à 35 nœuds, de quoi déclencher 4 abandons pour des blessures légères et des mâts cassés…

Fort heureusement pour nos équipages de la Farfaflotte, le sang-froid des capitaines et le poids des équipiers nous auront tous permis de rentrer indemnes au port… C’est moins le cas des bateaux. En effet, Katilou aura, lors de cette journée, beaucoup été éprouvé par son équipage qui, souffrant du mal de mer après une journée de 10 h de navigation, commencera à repeindre le pont de différentes peintures hautement toxiques dont la composition restera secrète. Le soir, excepté un plongeon dans le port, la nuit et la fatigue eurent raison de la majorité des équipiers…

Le réveil du 3e jour est déjà plus difficile. Après un passage rapide à la boulangerie, à la pharmacie et aux briefs, nous voilà tous déjà sur le plan d’eau, à peine réveillés pour certains… Ptit’Loup fait un départ magnifique et distance parfaitement le bas du classement avant de faire un départ au lofe tout aussi magnifique à 1 mille de la ligne d’arrivée.

Le spi était vraisemblablement un peu grand pour le Ptit’Loup, qui restera couché sur l’eau jusqu’à ce que l’ensemble de l’équipage ne se mette debout sur le lest et le bord de la coque pour le remettre à flot (il faudra sérieusement penser à ré-installer les caissons d’insubmersibilité) … Bien qu’ayant perdu une partie de son avance, il se relance tout de même vers la ligne d’arrivée, trempé mais motivé, et à 20 m de la ligne, la sentence tombe violemment… La ligne vient de fermer. Après un échange dynamique avec le comité de course (qui aurait quand même pu nous laisser passer la ligne), la décision est prise par l’ensemble de la flotte, qu’on aurait pu renommer à ce moment-là « CGT », de ne pas prendre le prochain départ et de rentrer sécher au port. Ce qui nous permit de profiter de la plage de Trébeurden, qui ne manque pas de rappeler, par la température de l’eau, que l’on est bien en Bretagne.

Départ pour le dernier jour de course. Le départ fut légèrement reporté pour attendre Tiaré, ce qui fut très apprécié après l’effort de grève de la veille. Cette première course sera sûrement la plus serrée entre nos 3 équipages : Katilou fait le choix audacieux d’aller chercher un bord seul au Nord et prend la tête, mais se fait rattraper sur un malheureux bord sous spi. Il passera la ligne 40 m derrière Ptit’Loup et suivi de près par Tiaré. Mais rien n’est joué dans le classement pour la Farfaflotte. En effet, après un départ trop agressif, Katilou est sommé par le comité de rentrer au port avec 4 autres équipages qui, eux aussi, ont été un peu gourmands sur la ligne, ce qui permet à Tiaré, qui avait pourtant commencé cette course dans le bas du classement, de remonter de façon lente (et insolente) pour passer la ligne loin devant le Ptit’Loup…

Encore aujourd’hui, on ne sait pas expliquer cette remontée si brutale de Tiaré. La légende raconte qu’un petit ange serait venu souffler au barreur de lâcher de la GV. Quoi qu’il en soit, cette performance olympique permet à Tiaré de se hisser à la 32e place, devant Katilou, 34e, mais derrière le Ptit’Loup, qui finit 29e et vice-champion de France (catégorie jeune). L’annonce des résultats a lieu dans la soirée, l’ambiance est au rendez-vous et, curieusement, c’est un nom connu qui se hisse tout en haut du podium : Armel Le Cléac’h (gagnant du Vendée Globe en 2016).

L’équipage entier de la Farfaflotte est salué par Dominique Masson, qui nous accompagnera pour fêter nos victoires toute la soirée jusqu’en boîte de nuit. Le lendemain, elle sera la première sur l’eau pour le grutage, ce qui fut pour nous tous une vraie leçon de vie.

Le retour sur les routes se fit sans encombre et chacun regagna son lit pour un repos bien mérité.

De notre envoyé spatial dans les espaces occidentaux

Sébastien Pelletier