Si Victor « Totor » Hugo a écrit Les Quatre Vents de l’Esprit, c’est au Pecq ce samedi que soufflaient ces quatre diablotins. Pour notre régate du Trophée Alain de Poix, un vent d’Ouest substantiel était annoncé. Vent d’Ouest est synonyme d’une grande instabilité politique où les girouettes fomentent des révolutions permanentes. Nous n’avons pas été déçus. Voici comment, voici où, voici pourquoi.

Cette photo mise en tête est une sorte de divulgâchage. N’en écrivons pas plus pour l’instant. Chaque chose à sa place.

Tout le monde grée et se prépare au gré d’une matinée paisible avec un vent faible de Sud. Le comité composé de Russ et de sa fille Maya s’installe à la vigie. C’est Maya qui sera l’instrumentiste en chef pour les « Pouet, Pouet ! » qui vont rythmer la journée.

Russ maniera l’appareil photo pendant les courses, en mitraillant comme un possédé, comme votre serviteur le lui avait demandé. Ce qui donne un tas de 300 photos que nous vous épargnons ici ; elles sont disponibles en privé.
C’est Nicolas qui va positionner 3 bouées aux points névralgiques et cardinaux de notre plan d’eau complexe.

J’ai commencé en évoquant Hugo. Alors, précisons que nous avions la visite d’un autre jeune Hugo, étudiant en photographie, qui venait pour tirer le portrait de notre illustre moniteur Xavier et préparer une série de photos sur le thème du métier de moniteur de voile. Il en a profité pour saisir quelques portraits de régatiers en plein effort de l’esprit et de l’écoute. Ici Felix est en train de regarder les réglages de David et d’essayer d’en tirer des conclusions.

La fine fleur de la marquèterie du club est de sortie. C’est habituel pour Emmanuelle, mais il faut saluer aujourd’hui la première sortie de l’année du Sagre de Serge, capitaine de la flotte des Corsaire du club, qui barre, selon les connaisseurs, l’un des plus beaux bateaux du club.

Le bouchain vif et l’œil aux aguets, il est secondé par François-Marie, le propre neveu d’Alain de Poix dont nous courons le Trophée aujourd’hui. François-Marie est de retour de sa transatlantique. Il va plus virer de bord aujourd’hui que durant tous les mois de son périple ; notre Seine étant un peu moins large que l’Atlantique.
En matière de ballet nautique, cette sortie du Sagre du printemps est un événement qui aurait impressionné Igor Stravinsky.

À propos d’expérience et de marine mémorable, remarquons aussi l’équipage de la Caravelle de Hubert, barrée par Sylvie la moitié du temps. Une Caravelle arborant des voiles immaculées que le bon Christophe Colomb aurait bien aimé ferler sur ses vergues. Sous la risée vigoureuse, nous avons failli voir la Caravelle planer. En tout cas, son safran a bien frétillé et sont équipage s’est régalé.

Deux courses le matin, avec un vent léger assez tournoyant, passant du Sud à l’Ouest.

Les Europe s’imposent, collés par David en Laser.

Ty Champ n’est jamais bien loin. Et son compère Poussah non plus. Cédric coure le matin, seul à bord, en menant avec brio son Solowskaia attitré.

Alice ne s’incline que pour la première course. Et maintenant qu’elle a compris le régime des courants de la rive Ouest, on ne l’y reprendra plus à trainer dans ces eaux maudites dans les moments pétoliers.

Pour les courses de l’après-midi, le vent monte et il y a parfois de sérieuses risées. Ça tournicote fermement. Russ et Maya donnent les départs avec une précision suisse, ce qui semble un peu original pour nos britanniques préférés. Nicolas doit ferrailler avec les péniches qui ne respectent rien ; et je pense particulièrement à la bouée Nord-ouest qui se retrouve emboutée par une indélicate péniche. Les voiliers attendent en bon ordre de pouvoir y virer. Ce n’est pas rien d’être régatier de Seine !

Le vent monte. Non pas Quatre Vents de l’Esprit mais quatre vents dans les haubans. Nous autres ne confondons pas esprits et espars. Laissons le bon Victor nous décrire ce qui se passe dans notre régate :
L’arbre se tord sur la côte ;
Le flot s’acharne au récif ;
Une clameur triste et haute
Avertit l’homme pensif ;
L’écume roule, avalanche ;
La lame féroce et blanche
Luit comme l’yatagan ;
La terre sanglote et souffre,
Livrée aux baisers du gouffre,
Au viol de l’ouragan.
C’est fort mais mais notre grand poète exagère un peu, ce me semble. C’était une bonne régate vigoureuse, mais il en fait un peu trop, notre coquin du Panthéon.


Lors de la cinquième course, le vent est monté au point que l’embarcation européenne de votre serviteur dessale et que tous les photographes de la contrée n’en ratent pas une goutte. Un vent instable avec des pointes à 15 ou 20 nœuds, c’est assez fatiguant. Nous terminons donc la régate par cette dernière course.

David, Antoine et mézigue restent pour profiter des bonnes risées. Cela donne quelques bords sympathiques.

Lors du retour, et je relate par ouï-dire car je n’ai rien vu, notre ami Antoine se lance dans un dessalage avec vol plané du barreur. Il paraît que la scène en Seine valait le détour.


Le président et le comité de course Russ & Maya rentrent les temps, ce qui est toujours un beau petit travail, et les résultats sont annoncés par le président Jérôme.
Résultats des dériveurs


Photo du podium des dériveurs (version in corpore sano)

Photo du podium des dériveurs (version in situ et in sequana véritas), dans le bon ordre de gauche à droite, qui plus est.
Résultats des habitables

Pour les habitables, le Trophée Alain de Poix est remis à Éric par François-Marie, le neveu d’Alain de Poix.

Ce n’est pas la première fois qu’Éric va l’héberger (le trophée, pas le neveu), mais c’est la première fois pour son Ty Champ en bois flambant neuf. Non, il ne faut pas dire flambant pour un meuble en bois ; c’est une mauvaise idée. Meuble ? Oui, il est particulièrement mobile, ce Ty Champ.

Il nous reste à remercier chaleureusement le comité Russ & Maya, et Nicolas à la sécurité, qui ont accepté de passer la journée à s’occuper de cette régate plutôt qu’à venir concourir avec nous. Geste nécessaire, certes, mais dont nous leur sommes très reconnaissants.
Un petit cidre conclut cette journée.

Au courbaturomètre le lendemain, cette régate est classée dans la catégorie supérieure. Il faut croire que les incessants virements de bord sur notre bien étroit fleuve et la tension permanente qu’impose un vent tournoyant ne ménagent pas les muscles. Nous voyons sur ce tracé d’un concurrent qui m’est proche, que le parcours du bateau manque un peu de cohérence.
Donnons-nous rendez-vous à la prochaine, le 1er mai, fête du travail, surtout pour les Travailleurs de la Mer, pour finir sur « Totor ».